QU'APELLE-T-ON CYBERCRIMINALITE?
Cyberdélinquance, cybercriminalité… plus un jour ne passe
sans que la Presse se fasse l'écho d'un phénomène
qui tend , selon les chiffres officiels –2500 affaires criminelles pour
1999, selon le ministère de l'intérieur-, à croître
de façon exponentielle dans les prochaines années (voir article
du Monde).Il faut souligner que le développement de la
cybercriminalité suit, en toute logique, celui des NTIC.Avant l'apparition
du Web , dans les années 1990, les premiers hackers, que l'on peut
qualifier de "white hat hackers", appartenaient à une communauté
restreinte de connaisseurs, souvent des scientifiques.Mais avec l'extension
démultipliée du Web, comptant des dizaines de millions de
pages, drainant une multitude d'internautes, apparaissent les germes liés
à la croissance de la cybercriminalité:
-le développement de la sécurisation des sites et des machines
n'a pas été aussi rapide que le développement du Web
lui-même;
-il est vite devenu aisé de s'improviser "hacker d'un jour", sans
pour autant respecter l'auto-déontologie des origines;
-aux trafiquants qui ont conçu les NTIC comme un nouveau moyen de
faire fleurir leurs activités déjà délictueuses
sont venus s'ajouter des criminels d'un type nouveau, auteurs d'infractions
inhérentes à la nature des systèmes eux-mêmes;
-le nombre des victimes potentielles est démultiplié;
-la cybercriminalité s'affranchit des obstacles frontaliers et matériels,
pour évoluer dans un monde virtuel,dans lequel la délinquance
organisée acquiert un aspect d'autant plus nébuleux;
-il faut du temps aux services judiciaires et policiers pour appréhender
, maîtriser les NTIC et pouvoir donner efficacement le change aux
cybercriminels patentés .Exception faite des Etats-Unis, la grande
majorité de ces services pâtit du retard initial pris sur
les délinquants en matière de connaissance des NTIC.
Quoi qu'il en soit, la cybercriminalité est en passe de devenir
l'inquiétude majeure en matière industrielle et économique
–selon le rapport Padouin, datant déjà de 1996-, et de menacer
tant la souveraineté des Etats que la confidentialité des
données personnelles.
Encore faut-il distinguer, parmi les actes, qualifiés de piratage,ceux
qui relèvent effectivement d'une intention malveillante, résultas
à l'appui (injection de virus, sabotage, intrusions intempestives,fraude
dont estime le montant à 14 millions de francs pour l'Hexagone,
dans la seule année 1998…), de ceux qui, sont l'œuvre de vrais
hackers, sans motivation vénale, se contentant de "jeter un coup
d'œil" sans commettre de dommages, histoire éventuellement d'ajouter
la paternité d'un nouveau "hack", et de révéler, au
passage, les faiblesses du "hacké".Encore que dans cette hypothèse,
on serait en droit de se demander si la désormais classique défense
du "bon-hacker- rendant-service", et qui cherchant une faille , l'aurait
trouvée, vaut toujours de la part de ces brillants génies.
Car tout en affirmant souvent qu'ils ne rencontrent pas tellement de difficultés
majeure à entrer, par exemple, en terrain "secret-défense",
ils peuvent difficilement faire croire qu'ils ignoraient y être personae
non gratae…En d'autres termes, l' absence, certes peu concevable, de sécurité
digne de ce nom sur lesdits terrains doit-elle être tenue comme
non constitutive d'une infraction?…Non qu'il s'agisse d'assimiler nos facétieux
et sympathiques visiteurs à de dangereux terroristes, mais tout
en plaidant la clémence, ne serait-il pas souhaitable que la justice
marque , à titre uniquement symbolique, le franchissement de la
ligne jaune (qu'ils n'ont pas trouvé, rétorqueront-ils…Soit.).
QUELS TYPES D'INFRACTIONS?
A tout seigneur, tout honneur!Les Etats ne sont pas les derniers à
tirer profit des NTICde manière peu recommendable. On pourrait même
dire que , vu sous cet angle, la boucle est bouclée. A l'origine
de l'Internet était le souci, légitime et recommendable,
celui-là ,d'assurer la continuité de l'information de l'armée
américaine, même en cas d'attaque nucléaire. Dans la
même optique de prévention ,de défense et il faut bien
le dire, de poursuite de la bataille économique par des moyens peu
orthodoxes, s'inscrit la création du très contestable –et
contesté- réseau international d'espionnage Echelon (Etats-Unis,
Nouvelle-Zélande, Australie, et Grande-Bretagne…cheval de Troie
de l'UE?-ndla-). Ledit réseau peut intercepter tout type de communication
émise dans le monde. Et la cybercriminalité dans
tout cela? … Le fait est que le réseau très brièvement
décrit se livre à de l'écoute au profit de services
secrets. Loin de nous l'idée de confondre services secrets et cybercriminalité
, mais le fait est que l'écoute constitue une infraction grave,
qui en l'espèce intervient en violation de la souveraineté
des pays espionnés , menace leurs industries et atteint le droit
des citoyens,dont les données confidentielles sont exposées
à l'indiscrétion des Grandes et Vilaines Oreilles.
Autres aspects de la cybercriminalité:
-la mise en circulation de virus (I love you , en mai 2000), ou de bombes
logiques ,programmes informatiques permettant à leur seul auteur
de paralyser tout un système .Ce stratagème peut être
accompagné d'un chantage, par exemple auprès d'une très
grosse entreprise très solvable…Dans le cas du fameux virus "I Love
You", l'intention de nuire est évidente.
-le "denial of service",consistant à saturer l'ordinateur
de requêtes inutiles .C'est précisément ce genre d'attaque
qui a récemment paralysé, pour plusieurs heures le serveur
de l'américain Amazon.
-faire intrusion dans un système informatique…
...soit par ingenierie sociale, qui consiste,pour le pirate, à
récupérer de précieuses informations sur l'ordinateur
visé ( codes d'accès, mots de passe…), habilement soutirées
au nouvel usager de la machine, voire même aux responsables informatiques,
en les trompant sur l'identité de leur interlocuteur;
soit par utilisation d'un "cheval de Troie", programme modifié
contenant une faille, un bug, connu du seul pirate. Un exemple-type est
Back
Orifice 2000 (voir article du Monde)
,inventé par Cult of the Dead Cow, un groupe de hackers,
qui permet de contrôler à distance l'ordinateur d'un particulier,
sans même que celui-ci le sache.Ce programme se transmet par e-mail,
prend place discrètement, et s'active automatiquement.
-le détournement de pages web: concerne fréquemment les pages
d'accueil de sites .Les hacktivistes s'y livrent pour défendre une
certaine vision de l'Internet, dénuée de l'ultra-mercantilisme,
ou mener des luttes d'ordre politique (ainsi le hack du site du Front National
,l'année passée) . D'autres détournent ces pages pour
signaler leur passage, laisser un message, à caractère plus
ou moins sympathique, voire carrément injurieux…
-le détournement de fonds: il s'agit de l'utilisation frauduleuse
de logiciels qui permettent de falsifier les données comptables
d'ordinateur pour créditer son compte bancaire;
-les atteintes au droit de la propriété intellectuelle: l'apparition
récente du MP3, qui permet de diffuser des œuvres sonores
protégées par le droit de la propriété intellectuelle,
rappelle l'existence de ce délit devenu classique. Il est
également possible de pirater des logiciels, de les recopier (c'est
aujourd'hui monnaie courante) pour éviter de les acquérir…en
payant;
- l'émission sur le Web de contenus incitant à la haine raciale
( loi Gayssot, 1er juillet 1992) ; sites pédophiles ( répression
de la pédophilie prévue à l'article 227-23 du nouveau
code pénal); contenus portant atteinte aux mœurs; diffamation. Les
sites web et les groupes de discussion sont considéres comme des
services audiovisuels et sont, à ce titre, régis par la loi
du 30 septembre 1986, relatives à la liberté de l'audiovisuel.
Si ces "faits d'arme" ne sont, fort heureusement, pas l'oeuvre
de vrais hackers aux principes déontologiques affirmés,
ils peuvent être commis par de sombres pirates qui utilisent souvent
des techniques et des logiciels mis au point par des hackers qui les ont
divulgués et les ont rendus accessibles à un large public
sur le Net. |