QUI SONT LES HACKERS?
Qui sont les hackers ?...Certainement pas un groupe homogène
.Ce terme très générique masque une réalité
sinon complexe, du moins variée. De l'anglais to hack:hacher,
tailler, mettre en pièces, l'activité du hacking désigne
à l'origine le passe-temps commun de passionnés de l'informatique
qui "démontaient" les logiciels afin de mieux en saisir le fonctionnement,
d'en rechercher et d'en révéler les insuffisances ( voir
"les effets positifs pour l'Internet") tout
en satisfaisant leur goût développé pour le défi
intellectuel.
Mais le phénomène a pris aujourd'hui une ampleur tout
à fait inédite. Depuis le bricoleur de génie, "bidouilleur"
impénitent à l'insatiable curiosité naturelle,
au mercenaire se livrant à l'espionnage informatique, en passant
par l'astucieux casseur de codes de cartes bancaires, force est de constater
que l'on se borne à désigner communément "hackers"
l'ensemble de ces connaisseurs en informatique -suffisamment connaisseurs
et habiles pour entrer là où on ne les attendait pas- , sans
bien allier le souci de clarté, à celui, non moins compréhensible,
de commodité.
Ce souci de clarté imposerait d'ailleurs que l'on abandonne le
recours à un terme unique pour adopter un vocabulaire un tantinet
plus explicite quant à l'activité, voire aux motivations
directement perceptibles, des personnes dont il est question Celles-ci
ont, à cet égard ,bien moins tardé à se " requalifier"
.C'est ainsi que selon les puristes de la "scène" du hack
(c'est- à- dire, du monde des hackers), il s'avère souhaitable
,si ce n'est nécessaire de réserver l'appellation de "hackers"
aux seuls dignes héritiers des premiers férus d'informatique
dont l'unique motivation résidait dans l'amélioration permanente
des logiciels( voir article about.com),
agrémentée d'un incontestable aspect ludique...
UNE CLASSIFICATION S'IMPOSE
A ce stade de l'énoncé se profile déjà une
première distinction ( voir les "hackermasters")
entre "white hat hacker" et "black hat hacker", le
premier correspondant à la noble définition sus-énoncée,
alors que le second, en véritable pirate dénué de
scrupules, n'hésite pas, contrairement à son antonyme, à
commettre des dégats- disons-le tout net, à saccager-
lors de ses intrusions indélicates dans les réseaux.
D'autres termes font en outre référence, parmi ces mauvais
garçons, à des spécialisations plus ciblées
encore: le carder est celui qui démantèle le
code d'accès du système central des cartes bancaires, tandis
que le phreaker est passé maître dans l'art d'éluder
le paiement de ses factures .Quant au cracker, qui se contente d'utiliser
les trouvailles d'autres inventeurs pour se faufiler à travers les
mailles d'un système et lui nuire, il nous pose un problème
doit -on, oui ou non, le compter au nombre de ces ingénieux bricoleurs,
ou le tenir pour un simple parasite?...Le fait est que les purs et durs
se désolidarisent des pirates de ce genre et ont à coeur
de le faire savoir.
Séparer le bon grain de l' ivraie n'est pas chose facile, d'autant
moins lorsque quelques mythomanes et beaucoup d'opportunistes flairent
de surcroît l'occasion, pour les premiers d'occuper l'espace médiatique,
pour les seconds d'en tirer des avantages pécuniers ,quite
à s'improviser hacker d'un jour. Certains journalistes l'ont récemment
appris à leur dépend, qui avaient ajouté foi aux déclarations
exaltées (dans The Independent of London, Florida Today notamment
) de pseudo pirates-justiciers, racontant par le menu leurs prétendues
menées contre des sites pédophiles et d'autres...En guise
de réplique, pour tenter de démêler l'écheveau
des racontars en tout genre, qui en outre nuisent à la communauté
des hackers et trompe le public, quelques hackers -des vrais, ceux-là-
ont mis en ligne leur page web, intitulée Errata, et qui se propose
de rétablir la vérité sur les faits allégués.
LA FIBRE LIBERTAIRE
Il faut également noter, pour boucler ce rapide tour d'horizon,
que les hackers ont , dès les années 1970, cultivé
une certaine fibre libertaire. Ne s'étaient-ils pas en quelque sorte
affranchis, déjouant la complexité des machines et repoussant
les limites de systèmes que l'on avait donnés –peut-être
un peu hâtivement -pour sûrs et prouvés?...Cette
tendance s'illustre aujourd'hui dans l'animation de groupes consacrés
au soutien de causes variées allant de la lutte contre le racisme
à la protection du droit à la vie privée (voir article
du Monde) .Le plus éminent d'entre eux est certainement le Chaos
Computer Club allemand, tout à fait représentatif
du mouvement libertaire .Ces contestataires en ligne sont qualifiés
de "hacktivistes" ,terme qui présente le double mérite d'évoquer
tant la fibre militante des membres (activistes) ,que le moyen d'action
contestataire utilisé (le hacking) puisqu'ils se manifestent en
effet régulièrement en détournant les pages
d'accueil de sites ( voir le site kitetoa
qui donne des exemples de détournements célèbres)
qu'ils "relookent" à leur goût...
Les hacktivistes relaient en outre l'inquiétude des citoyens
face au risque démultiplié de fichage et d'atteintes à
la vie privée que l'expansion des cybertechnologies fait craindre
.Certains d'entre eux ont ainsi appelé à une tentative de
boycott de l'impressionnant réseau international d'espionnage Echelon
( voir article monde ou libé), crée dans les années
1970 en collaboration entre les Etas-Unis , l'Australie, la Nouvelle-Zélande
,le Canada et la Grande-Bretagne, et qui permet d'intercepter tout type
de communication émise sur la planète .Même si la stratégie
qu'ils proposaient -l'envoi massif par les internautes de e-mails truffés
de mots et thèmes sensibles- s'est révélée
inopérante, leur action a au moins eu le mérite de porter
à la connaissance du grand public l'existence du dispositif Echelon
et du danger qu'il augure pour le maintien des Libertés Publiques
et des Droits Fondamentaux..
(O n renvoie, à titre d' illustration du propos à
l' intéressant ouvrage de trois jeunes hackers ,Chevaliers d'Internet
et pirates informatiques, de Yoann Vandoorselaere, Alexandre Golovanivsky
et Philippe Langlois, Editions n°1, 239 p., Paris, 1999 )
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